A.Diction, par Marie Weber

PREAMBULE 1

Sollicitation à écrire. Sollicitée pour créer une situation d’écriture. Mais comment se
situer sans sollicitude ni attitude de gratitude d’être sollicitée. Ecrire à partir d’un nonlieu. Ou plutôt d’un lieu de croisement. Où ne peut se nier la place de travailleur pair
qui ne se dérobe ni à être travailleur, ni à faire repère. Ecriture d’un travail, d’un discours
qui suit son cours (dédicace à Barthes), d’un dit qui court sans chercher à se fixer, bien
audacieux celui qui cherchera à l’a rrimer, affaire d’ancre, affaire d’encre.

NOTES SOUMISES A DISCUSSION :

« Parler c’est déjà écrire.
Parce que l’écrire est antérieur au dire.
Je ne peux pas parler à partir de rien.
Mais la parole comme corps n’inscrit-elle pas quelque chose de nouveau ?
Encore
En corps.
Ecriture sur/dans la peau.
Traces, inscription
Parole création à partir de là et qui
transforme la trace en écriture, en texte.

L’écriture ça lit quelque chose
Lie
Salit
La scarification, l’inscription, en même temps que la parole, du récit, qui
soulage.
Est-ce que nommer…
Entre le nom et le réel il y a une coupure
Même si on essaie de mettre des mots dessus il y a des choses qui ne peuvent être
écrites »
Jacques a dit à quand ? Là quand. Être là quand, ailleurs tout fait défaut, défaut. Être
accueilli dans un lieu sans être pris en faute. Pas d’erreur possible. Juste accueillir
l éventuelle errance du sujet.

PREAMBULE 2 :

Taper des traces et n’en laisser d’aucun passage.
Culture de l’anonymat dans les lieux d’accueil fréquentés par les « qui tapent des
traces », « tapent des traits », « tracent des lignes ».
Culture de la transmission orale pour les « préoccupés d’accueillir ces traceurs sans
stylo », soucieux que les écrits ne passent pas dans des mains mal-intentionnées.
Comment envisager l’écriture d’une pratique à partir de ces lieux. Avec quelle
intention ?
Peut-être parce que l’aiguille de l’injecteur n’est pas sans rappeler
celle du tatoueur et sur une autre peau, une autre surface,
celle de la brodeuse et encore ailleurs la plume du
scribe, du secrétaire, le dépositaire des secrets.

Ce pourrait-il qu’il soit toujours question d’histoires d’écriture, d’inscription,
d’impression dans et par le corps ?
Marque déjà dans le corps. Décaler ce qui a déjà été écrit dans le corps. Quel intérêt ?
L’écriture a déjà commencé sur la peau, sous la peau.
Quelle est l’intention ? Est-ce qu’il s’agit de réécrire ce qui a déjà été écrit ou pouvoir lui
donner une autre portée ? Pour que la porte ne soit pas juste ouverte mais franchie, le
seuil dépassé.
Du point d’entrée du produit dans le corps à la porte
d’entrée de l’institution, il y a la récurrence du
franchissement d’une surface, d’un seuil, sauf à
s’abstenir.
Mais celui qui s’abstient, qui se tient sans, ne se trouve pas dans ces lieux dédiés aux
addictions.
Addiction : de dire (racine indo-européenne deik, dik) / « Montrer ».
A donné addiction bien après juridiction, interdiction, condition, bénédiction,
malédiction.
Malédiction, mal dire.

Et addiction alors ?
Le a- serait privatif et soulignerait une absence de dire ?
Ou le a- serait ici élément formant qui « exprime une idée de passage d’un état à un
autre, ou d’attribution, ou de direction vers un lieu, ou une de manière ou en encore
d’inchoactivité » ?
…Avis à celui qui lèvera l’énigme si tant est qu’elle réside dans l’étymologie et non pas
dans chaque singularité, chaque vitalité…
En attendant, comme porteurs d’encre nous pouvons nous prêter à l’activité de l’écho et
de l’écoute (dédicace à Bonnafé) dans ces lieux de passage de l’addiction vers un
potentiel dire, un s’écrire possible.

« Parce qu’écrire se lie au mouvement d’être de l’expérience, participe à sa mise en
œuvre. Parce que paradoxalement, en écrivant, l’expérience se dévoile en même temps
qu’elle se forme dans son devenir d’expérience. Ecrire, ne se limite donc pas à transcrire
une pensée ou un vécu : écrire « fait être » (Morais 2013 :507)
Ecrire pour laisser des traces d’un passage, d’une rencontre, d’une
présence, de corps en présence. Effet physique de l’écriture,
marque noire sur surface blanche. Existence. De la trace existe, se
met à exister. Un rendu visible.

La trace, animal sauvage.
Empreintes dans la terre qui n’ont pas été faites volontairement mais qui
marquen t le passage d’un être vivant à un moment donné.
Empreinte devient trace dans le regard du témoin.
Trace n’est pas l’histoire de celui qui en est l’origine mais de
l’observateur, celui qui en constate la présence.
Constitution de traces et d’inscriptions comme des points de localisation.
Sortir de l’état sauvage sans domestication
Pas traquer mais matérialiser que quelque chose a eu lieu.
Se prêter à être la mémoire, à fabriquer du texte pour une lecture possible dans
l’après-coup, une relecture.
Avec comme potentiel effet de la relecture la possibilité de se redécouvrir, redécouvrir
un parcours.

Ah tiens, j’étais là, à ce moment-là. !
Regret d’avoir quitté certains lieux, jubilation à en avoir découvert d’autres. Relire ce qui
a été écrit c’est aussi se confronter, même un court instant, à une impossibilité d’oublier.
S’empêcher d’oublier.
Pour mieux oublier après ?
Ecrire des souvenirs qu’on retrouve plus tard.
Permettre de ne plus inscrire la mémoire que dans la peau, que dans la tête.
De ne pas se charger psychiquement.
Lieu de décharge.
Zone de déchargement. Mise à distance.

SANS CONCLUSION AUCUNE :

Et dans cette mise à distance que peut représenter la tentative de penser, taper
des traces à l’encre fictive sur l’écran blanc, ne pas dire grand-chose d’autre que
poser des questions à ce lieu d’adresse que constitue tout lecteur…

Texte : Marie ELKAIHAL
Illustrations : Nicolas ALSONSO