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Réflexions sur les applications mobiles en addictologie

La pandémie de Covid-19 a été à l’origine d’une augmentation de la détresse psychique dans la population générale et a fortement modifié l’organisation des services de santé et l’accès aux soins. Si l’utilisation des outils numériques en santé était déjà en développement, cette période a mis en évidence leur intérêt et a favorisé leur utilisation. Cet article présente l’utilisation des applications mobiles dans le champ de l’addictologie, en matière d’intérêts cliniques et précliniques, de champ d’action et de preuves d’efficacité.

La pandémie de Covid-19 a amené les professionnels de santé à s’interroger sur l’utilisation des outils numériques dans leurs prises en charge, notamment en addictologie. En effet, l’organisation des services s’est trouvée modifiée, avec une diminution de l’accès aux soins et une augmentation du recours à la téléconsultation. Cette période a engendré des niveaux élevés de dépression et d’anxiété, ainsi qu’un fort isolement social.
Ces données semblent importantes compte tenu du lien entre les émotions négatives et les comportements addictifs. En effet, les émotions négatives, les comorbidités psychiatriques, l’isolement et l’ennui constituent des facteurs importants de risque de rechute.

Les consultations par téléphone ou la visioconférence ont alors particulièrement été mises en lumière dans la prise en charge de cette population, notamment parce qu’elles ont permis une forme de continuité des soins et facilité le partage d’informations.

Parmi les nouveaux outils numériques, les applications mobiles en santé représentent l’opportunité d’augmenter l’accessibilité aux soins en réduisant les disparités sociales et territoriales grâce à des moyens de communication asynchrones, permettant de franchir les obstacles de temps, d’horaires et de coûts de déplacement. 

Par ailleurs, le sentiment d’anonymat permis par les applications, leur accessibilité et leur faible coût peuvent se révéler intéressants pour cibler des populations habituellement peu représentées dans les services d’addictologie, telles que les jeunes usagers, en les sensibilisant aux comportements à risque et en augmentant leur engagement. 

En pratique clinique, les applications peuvent permettre une approche complémentaire aux interventions motivationnelles, comportementales et cognitives en favorisant l’engagement des patients, leur implication personnelle entre les séances et en promouvant leur autonomie au quotidien. Cela peut également représenter un outil intéressant en fin de suivi pour favoriser une sortie progressive des soins.

Ces dernières années ont vu un développement exponentiel des applications mobiles de santé mentale. Actuellement, il existe plus de 300000 applications, mais seules 3 à 4 % ont fait l’objet d’une validation empirique.

En cause, l’aspect chronophage des études contrôlées randomisées qui peut freiner le processus de commercialisation. Parmi ces études, nombreuses sont celles qui obtiennent des résultats non significatifs.

Quelques-unes, ciblant davantage des applications sur le mésusage d’alcool et de tabac, montrent cependant des résultats significatifs sur l’amélioration de la symptomatologie addictive (consommation, craving, observance).

Les tailles d’effets rapportées restent cependant faibles avec des qualités méthodologiques critiquables (faible puissance statistique, facteurs de confusion entre les groupes, biais d’attribution). Sur le plan de la santé publique, ces résultats restent encourageants et représentent des pistes intéressantes pour agir davantage sur la mortalité et la morbidité associées aux consommations de substances. L’acceptabilité et les bénéfices identifiés des applications pourraient s’expliquer par la proactivité dans les soins et l’autonomie qu’elles encouragent chez les utilisateurs, en les amenant par exemple à rechercher du soutien social dans les moments critiques.

Elles sont également le plus souvent considérées comme faciles et pratiques d’utilisation par les usagers. Il semblerait par ailleurs que l’efficacité des applications sur les changements comportementaux dépende de la durée d’utilisation : les utilisateurs engagés pendant au moins 4 semaines présenteraient des changements plus importants.

Sur le plan de l’efficacité, les études existantes renforcent l’intérêt des applications dans le domaine de la santé, mais mettent en lumière la difficulté méthodologique de leurs validations.

Des études ciblant d’autres applications ou interventions numériques avec d’autres modalités de contrôle, notamment en tant qu’intervention complémentaire aux psychothérapies, pourraient se révéler  intéressantes. Le domaine de la santé mobile bénéficierait d’un plus grand consensus et d’une plus grande clarté concernant les attentes en matière d’efficacité ainsi que le rôle que ces applications peuvent  jouer dans les suivis cliniques.

Nous pensons que l’addictologie, et plus globalement la santé mentale, peuvent bénéficier des progrès dans les domaines des applications mobiles.

Les thèmes d’intervention des applications en addictologie sont variés : évaluations des consommations, contenus psychoéducatifs, aide à la prévention de la rechute et à la gestion du craving,  outils motivationnels, soutien social et de pairs, suivi personnalisé des progrès accomplis et  récompenses virtuelles.

Les applications les plus appréciées sont celles avec des fonctions multiples, gratuites et proposant une assistance en temps réel.

Mon Test Binge© est une application accessible sur iOS et Android développée par des psychologues de l’université Paris-Nanterre et l’hôpital universitaire Raymond-Poincaré (APHP). Elle délivre gratuitement une information brève sur 3 types de problématiques addictives : le binge-drinking, le binge-eating et le binge-watching.

Les utilisateurs sont confrontés à des situations à risque de comportements addictifs et se voient proposer des stratégies pour les surmonter, selon une approche motivationnelle, comportementale et cognitive. Sur le même modèle, l’application Kwit© propose une aide au sevrage tabagique et est déjà largement utilisée en France. Ces applications, comme d’autres, ont l’avantage de pouvoir évoluer avec le temps et d’intégrer de nouveaux contenus.

Si les applications ciblant la symptomatologie addictive sont pertinentes en addictologie, d’autres applications plus transversales peuvent s’avérer intéressantes pour la prévention de la rechute. En effet, certaines ciblent le développement d’habiletés connues pour être associées au bien-être. Les applications de relaxation et de méditation en sont un bon exemple.

L’application RespiRelax+©  propose par exemple une aide à la cohérence cardiaque associée à des visuels guidant le rythme de la respiration. D’autres applications, comme Petit Bambou©, portent plus particulièrement sur la méditation en pleine conscience en proposant des enregistrements aux thèmes et durées progressifs. Breath-Zen© est une application qui permet l’apprentissage et la pratique de la relaxation et de la méditation avec des programmes de durées variables.

Bien que ne ciblant pas directement la symptomatologie addictive, ces applications permettent de développer des compétences utiles pour améliorer la régulation émotionnelle.

Si l’utilisation des outils numériques en santé était déjà en développement, la période de Covid-19 a mis en évidence leur intérêt et a favorisé leur utilisation. Les outils devront s’adapter aux populations en fracture ou en difficulté avec Internet (populations plus âgées, en précarité). Ces outils devront faire l’objet de validations scientifiques quant à leur efficacité et leur utilité clinique.